Alain Janssens

de la tranquilité

exposition collective à Furnes le 24 février et à Marchin le 10 mars

Alain Janssens (né en 1956) a longtemps été professeur d’esthétique, de studio et de portrait à Saint-Luc Liège. Photographe d’architecture, il a développé au fil des années, avec rigueur et sans tapage, un travail très personnel, singulier et cohérent. Ses sujets n’ont rien de bien spectaculaire : arbres, plantes ou fruits ; l’environnement quotidien ou la promenade ; quelques vues de paysage, des portraits et des nus. Les lieux ont leur importance, mais jamais rien dans le sujet ne dicte l’image : l’enjeu chez Alain Janssens est ailleurs, à l’écoute de ce qui vibre dans l’inerte, dans la transfiguration du banal par la lumière, avec pour outil la lenteur de l’argentique et l’artisanat du noir et blanc. Pratique intemporelle plutôt qu’anachronique, ni trop construite, ni trop cérébrale, une photo se doit chez lui d’allier le sens à la sensation, d’intégrer la spontanéité de l’instant, de l’accident.
Son langage est nourri par la poésie, la peinture, la philosophie, le cinéma — de Philippe Jaccottet à Yves Bonnefoy, de Vladimir Jankélévitch à Michel Onfray, d’Antonioni à Tarkovski — sans oublier, rayon photo, Friedlander, Sudek ou encore la photographie japonaise, notamment Jun Shiraoka ou Fukase. On repérera d’ailleurs chez lui une forme de recherche, consciente ou inconsciente, de ce point de jonction tant prisé dans la pensée orientale, où les valeurs s’annulent ou s’inversent : le petit et le grand, le noir et le blanc, le beau et le trivial, le vide et le plein (son second livre, après Temps brassé, ne s’intitulait-il pas La Part et le Tout ?). Et ses petites notes de travail ont souvent la fulgurance du haïku ou de l’aphorisme : « Comment concilier l’orgueil et l’effacement — L’orgueil nécessaire à la survie dans un monde brutal — L’effacement nécessaire à la survie dans un monde orgueilleux »…
Peu narratives en soi, ses photos prennent sens par série, en séquence ou comme un rébus visuel éclaté, où chaque fragment renvoie au tout. Attentifs aux formats, aux tons et aux sons, aux rythmes comme à ceux d’une musique, ses tirages s’inscrivent, dans une grammaire renouvelée et une combinatoire constante, comme sur une portée. Les intervalles, silences et respirations y comptent autant que le visible, et les choses insignifiantes tissent entre elles de subtils réseaux d’oppositions et de correspondances…

Manu D’Autreppe - Extrait du guide du visiteur des expositions